ANTHROPÔLE, le quartier de la Cineptie !
Association de production audiovisuelle, ATP est aussi un lieu de débats - à sens unique - et d'échanges - unilatéraux - autour du cinéma, de la praxéologie, ou encore de la pêche à la truite fario.
L’une des rares passerelles existant entre le ’’bon’’ cinéma et ce que nous appelons ‘’l’Art’’ est l’importance capitale du dévouement du spectateur pour l’œuvre qu’il observe ; c’est son interprétation qui fait sens.
Une œuvre qui ne laisse pas une certaine place à l’imagination est immédiatement morte artistiquement puisqu’elle n’atteint pas son but premier, le divertissement de l’observateur par sa réflexion (sens très large du terme ‘’réflexion’’ ; émulsion et excitation des sens via la curiosité, donc via l’imagination ; un épisode de Die Hard fait réfléchir son spectateur).
Au théâtre, un univers, une atmosphère, une ambiance – ou plus généralement un décor - peut-être simplement suggéré par un geste ou une parole ; le spectateur est très souvent projeté dans une situation précise et face à des relations entre les personnages déjà bien établies, au metteur-en-scène de laisser entendre le tout. Au cinéma, le réalisateur n’est lié à aucune cohérence temporelle ; il peut aller et venir dans le passé et le présent sans difficulté aucune pour expliquer le tenant et l’aboutissant d’une situation, d’une relation entre plusieurs personnages. S’il veut expliciter un élément scénique, il le montre. Cependant, à force de trop montrer, il expose sans ambiguïté et originalité son point de vue pour annihiler enfin la réflexion, la curiosité et l’excitation du spectateur. Le Vide qui aurait dû être investi par le spectateur l’a finalement été par le réalisateur qui, par égocentrisme ou par manque de confiance, a déroulé son message de manière totalement barbante et prévisible.
Un message n’est pas forcément politique, social ou historique ; un message c’est aussi une compréhension scénique = quelle est la pensée véritable du personnage, sa situation, ses objectifs inavoués, ses passions. Il se résume par cet éternel questionnement = que veut me faire comprendre le réalisateur ? Ces différents messages sont reconstitués et réinterprétés consciemment ou inconsciemment par le spectateur au fur et à mesure de la séance, voir au-delà. C’est pourquoi le cinéma se doit d’être impressionniste ; c’est percevant de loin les larges touches picturales que le spectateur comprend la globalité de la toile. Le cinéma français contemporain est, lui, purement réaliste. Il montre ce qu’il doit montrer. Il est gras, plat ; peut se voir de près comme de loin car totalement lisible, sans merveilleuse ambiguïté.
C'est l’implacable nécessité d’un espace scénaristique et scénique laissé au spectateur. C’est l’Art du Vide. Grandes fenêtres ouvertes.